arpoma.com - connaitre pour mieux comprendre - histoire arts culture actualite la culture en quelques clics
page precedente     retour menu     actualiser     rechercher
peinture / litterature / musique 1 - 2 / cinema / photographie / lieux / histoire / documentation /
roman / policier / historique / recit / essai / aventure / jeunesse / poesie / theatre / rire / epopee / la Bible /

◀◀       aleatoire     ►► 
page unique / kaleidoscope / liste
Guillaume APOLLINAIRE - Alcools

Guillaume APOLLINAIRE - Alcools

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine
......
Alcools, Guillaume Apollinaire




1900 poesie
Louis ARAGON - Aurelien

Louis ARAGON - Aurelien

"Il y a une passion si dévorante qu’elle ne peut se décrire. Elle mange qui la contemple. Tous ceux qui s’en sont pris à elle s’y sont pris. On ne peut l’essayer, et se reprendre. On frémit de la nommer : c’est le goût de l’absolu. On dira que c’est une passion rare, et même les amateurs frénétiques de la grandeur humaine ajouteront : malheureusement. Il faut s’en détromper. Elle est plus répandue que la grippe, et si on la reconnaît mieux quand elle atteint des cœurs élevés, elle a des formes sordides qui portent ses ravages chez les gens ordinaires, les esprits secs, les tempéraments pauvres. Ouvrez la porte, elle entre et s’installe. Peu lui importe le logis, sa simplicité. Elle est l’absence de résignation. S’il l’on veut, qu’on s’en félicite, pour ce qu’elle a pu faire faire aux hommes, pour ce que ce mécontentement a su engendrer de sublime. Mais c’est ne voir que l’exception, la fleur monstrueuse, et même alors regardez au fond de ceux qu’elle emporte dans les parages du génie, vous y trouverez ces flétrissures intimes, ces stigmates de la dévastation qui sont tout ce qui marque son passage sur des individus moins privilégiés du ciel.
Qui a le goût de l’absolu renonce par là même à tout bonheur. Quel bonheur résisterait à ce vertige, à cette exigence toujours renouvelée ? Cette machine critique des sentiments, cette vis a tergo du doute, attaque tout ce qui rend l’existence tolérable, tout ce qui fait le climat du cœur. Il faudrait donner des exemples pour être compris, et les choisir justement dans les formes basses, vulgaires de cette passion pour que par analogie on pût s’élever à la connaissance des malheurs héroïques qu’elle produit.

Louis Aragon
Aurélien, extrait du chapitre XXXVI

Aurélien est le quatrième roman du cycle du Monde réel de Louis Aragon. Il y décrit le sentiment de l’absolu, dans la longue rêverie sentimentale d’Aurélien, l’un des sommets romanesques de son œuvre (Éditions Gallimard 1944).
1944 roman
Louis ARAGON - poesies

Louis ARAGON - poesies

Il n'y a pas d'amour qui ne soit à douleur
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit meurtri
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit flétri
Et pas plus que de toi l'amour de la patrie
Il n'y a pas d'amour qui ne vive de pleurs
Il n'y a pas d'amour heureux
Mais c'est notre amour à tous les deux

Louis Aragon (La Diane Francaise, Seghers 1946)




1948 poesie
Hannah ARENDT - les origines du totalitarisme

Hannah ARENDT - les origines du totalitarisme

«Sans les masses, le chef n’existe pas.»

«Le progrès et la catastrophe sont l'avers et le revers d'une même médaille.»

«La pensée naît d'événements de l'expérience vécue et elle doit leur demeurer liée comme aux seuls guides propres à l'orienter.»

«C'est dans le vide de la pensée que s'inscrit le mal.»

«Pour être confirmé dans mon identité, je dépends entièrement des autres.»

«Si tu réussis à paraître devant les autres ce que tu souhaiterais être, c'est tout ce que peuvent exiger de toi les juges de ce monde.»

Extrait d’ Essai sur la révolution


«C'est justement pour préserver ce qui est neuf et révolutionnaire dans chaque enfant que l'éducation doit être conservatrice, c'est-à-dire assurer “la continuité du monde”.»

«La principale caractéristique de l’homme de masse n’est pas la brutalité ou le retard mental, mais l’isolement et le manque de rapports sociaux normaux.»

«Les mouvements totalitaires sont des organisations massives d’individus atomisés et isolés.»

«La société de masse ne veut pas la culture mais les loisirs.»

«Il faudrait bien comprendre que le rôle de l'école est d'apprendre aux enfants ce qu'est le monde, et non pas leur inculquer l'art de vivre.»

«Les mots justes trouvés au bon moment sont de l'action.»

«Ce qui séduisait l’élite, c’était l’extrémisme en tant que tel.»


Dans 'les origines du totalitarisme', Arendt dégage les caractéristiques propres du totalitarisme. Pour Arendt, le totalitarisme est avant tout un mouvement, une dynamique de destruction de la réalité et des structures sociales, plus qu’un régime fixe. Un mouvement totalitaire est « international dans son organisation, universel dans sa visée idéologique, planétaire dans ses aspirations politiques ». Le régime totalitaire, selon Arendt, trouverait sa fin s’il se bornait à un territoire précis, ou adoptait une hiérarchie, comme dans un régime autoritaire classique : il recherche la domination totale, sans limites.

Hannah Arendt analyse dans ce livre l’émergence de l’antisémitisme politique, à la fin du xixe siècle, inédit par rapport aux sentiments antijuifs qui le précédaient. Elle détaille le rôle joué par l’émergence des États-nations modernes et l’émancipation des Juifs. Selon elle, l’assimilation des Juifs a exigé d’eux qu’ils soient « exceptionnels » : la fin de siècle a transformé le judaïsme, religion et nationalité, à caractères collectifs, en judéité, à caractère de naissance, personnel. Pour l’homme du Moyen Âge, le judaïsme était un crime – à punir – alors que pour l’homme du début du xxe siècle, la judéité est un vice – à exterminer. Cela préfigure l’antisémitisme et la Shoah.
Arendt conclut son livre par une analyse de l’affaire Dreyfus, qui est selon elle le point de départ de l’antisémitisme moderne ; elle considère que la France avait « 30 ans d’avance » sur la question juive.

« Impérialisme ne signifie pas construction d’un empire, et expansion ne signifie pas conquête. »
Hannah Arendt analyse l’impérialisme, ce mouvement d’expansion des puissances européennes à partir de 1884, qui aboutit à la Première Guerre mondiale.
« L’impérialisme doit être compris comme la première phase de la domination politique de la bourgeoisie, bien plus que comme le stade ultime du capitalisme » : l’auteur relie le début de la période impérialiste à un état dans lequel l’État-nation n’était plus adapté au développement capitaliste de l’économie. La bourgeoisie, consciente de cette faiblesse, commença à s’intéresser aux affaires politiques, pour assurer le maintien de la création de richesses. « L’impérialisme naquit lorsque la classe dirigeante détentrice des instruments de production s’insurgea contre les limites nationales imposées à son expansion économique. »
Elle fait la distinction avec les conquêtes du passé (« conquête » et « expansion » sont deux termes opposés dans l’ouvrage), impériales au sens premier du terme : pour la première fois, des puissances ont fait des conquêtes sans vouloir exporter leurs lois et leurs coutumes dans les régions conquises – voire en appliquant des lois qui seraient jugées inacceptables sur leur propre sol. C’est le premier coup porté à l’État-nation et à la démocratie, les premières graines du totalitarisme.
Arendt démontre également que la pensée raciale et la bureaucratie, deux piliers du totalitarisme, ont été construits pour servir l’expansion impérialiste.
Dans l’avant-dernière partie du livre, Arendt analyse le pendant continental de l’impérialisme : les mouvements annexionnistes, soit le pangermanisme et le panslavisme, qui alimenteront par la suite les totalitarismes hitlériens et staliniens.
Le livre se conclut par une réflexion sur les droits de l’homme et l’apatridie, conçue comme un moyen de contagion du totalitarisme : les apatrides, personnes hors du droit, forcent les États de droit à les traiter comme le feraient les États totalitaires qui les ont déchu de leur nationalité, car les droits de l’homme ont été reliés dès le départ à la souveraineté nationale, donc à la nationalité.
1951 essai philosophique
ARISTOTE - Parties des animaux livre II ch.1

ARISTOTE - Parties des animaux livre II ch.1

« Ce n'est pas en effet la maison qui est faite pour les briques et les pierres, mais celles-ci pour la maison : il en va de même pour tout le reste de la matière. Et ce n'est pas seulement l'induction qui nous montre qu'il en est bien ainsi, mais aussi le raisonnement. En effet, tout ce qui s'engendre naît de quelque chose et en vue de quelque chose; la génération se poursuit d'un principe à un principe, du premier qui donne le branle et a déjà une nature propre, jusqu'à une forme ou à quelqu'autre fin semblable. Car l'homme engendre l'homme et la plante la plante, selon la matière qui sert de substrat à chacun. Ainsi donc chronologiquement la matière et la génération sont nécessairement antérieures, mais logiquement, c'est l'essence et l'idée de chaque être. »

Aristote (en grec ancien Ἀριστοτέλης / Aristotélês) est un philosophe grec né à Stagire (actuelle Stavros) en Macédoine (d’où le surnom de « Stagirite », Σταγειρίτης), en -384, et mort à Chalcis, en Eubée, en -322. Disciple de Platon à l'Académie pendant plus de vingt ans, il prit ensuite une distance critique vis-à-vis des thèses de son maître et fonda sa propre école, le Lycée. Il fut également précepteur d'Alexandre le Grand.
Sa conception de l'être comme « substance » (ou ontologie) et de la métaphysique comme « science de l'être en tant qu'être » influença profondément l'ensemble de la tradition philosophique occidentale, d'Alexandre d'Aphrodise à Martin Heidegger en passant par Thomas d'Aquin, et orientale, d'Averroès et Maïmonide à Cordoue jusqu'au persan Avicenne en passant par les théologiens médiévaux de Byzance.
Véritable encyclopédiste, il s'est beaucoup intéressé aux arts (musique, rhétorique, théâtre) et aux sciences (physique, biologie, cosmologie) de son époque ; il en théorisa les principes et effectua des recherches empiriques pour les appuyer. Il élabora une réflexion fondamentale sur l'éthique et sur la politique qui influença durablement l'Occident. Le Stagirite est également considéré, avec les stoïciens1, comme l'inventeur de la logique : il élabora une théorie du jugement prédicatif, systématisa l'usage des syllogismes et décrivit les rouages des sophismes.
essai philosophique
Antonin ARTAUD - le theatre et son double

Antonin ARTAUD - le theatre et son double

Celui qui ne verrait dans Le Théâtre et son double qu'un traité inspiré montrant comment rénover le théâtre - bien qu'il y ait sans nul doute contribué -, celui-là se méprendrait étrangement. C'est qu'Antonin Artaud, quand il nous parle du théâtre, nous parle surtout de la vie, nous amène à réviser nos conceptions figées de l'existence, à retrouver une culture sans limitation. Le théâtre et son double, écrit il y a un demi-siècle déjà, est une oeuvre magique comme le théâtre dont elle rêve, vibrante comme le corps du véritable acteur, haletante comme la vie même dans un jaillissement toujours recommencé de la poésie.

essai (france)
1985 essai
Isaac ASIMOV - Fondation

Isaac ASIMOV - Fondation

1951 (plus â–º)

"En ce début de treizième millénaire, l'Empire n'a jamais été aussi puissant, aussi étendu à travers toute la galaxie.
C'est dans sa capitale, Trantor, que l'éminent savant Hari Seldon invente la psychohistoire, une science nouvelle permettant de prédire l'avenir. Grâce à elle, Seldon prévoit l'effondrement de l'Empire d'ici cinq siècles, suivi d'une ère de ténèbres de trente mille ans.
Réduire cette période à mille ans est peut-être possible, à condition de mener à terme son projet : la Fondation, chargée de rassembler toutes les connaissances humaines. Une entreprise visionnaire qui rencontre de nombreux et puissants détracteurs... "

Tandis que les crises qui secouent l'Empire redoublent de violence et annoncent son effondrement définitif, la Fondation créée par le psychohistorien Hari Seldon pour sauvegarder la civilisation devient de plus en plus puissante, suscitant naturellement convoitise et visées annexionnistes. C'est alors qu'apparaît un mystérieux et invincible conquérant, surnommé le Mulet, que le plan de Seldon n'avait pas prévu...

Isaac Asimov1, né vers le 2 janvier 1920 à Petrovitchi (aujourd'hui en Russie) et mort le 6 avril 1992 à New York aux États-Unis, écrivain américain, naturalisé en 1928, est surtout connu pour ses œuvres de science-fiction et ses livres de vulgarisation scientifique.

Dans le Cycle de Fondation (qui a reçu, en 1966, le prix Hugo de « la meilleure série de science-fiction de tous les temps »), Asimov imagine le futur de l'humanité. Il commence avec l'effondrement d'un empire galactique qui se décompose. Un savant, Hari Seldon, invente une nouvelle science, la psychohistoire, basée sur la loi des grands nombres et le calcul des probabilités qui permet de « prévoir l'avenir », ou, plus exactement, de calculer les probabilités de différents avenirs.
Le scénario est d'autant plus aisément assimilé par le lecteur qu'il lui rappelle des repères connus : l'émiettement du pouvoir des empires romain et ottoman, d'une part, en ce qui concerne l'empire de Trantor, l'ascension de personnalités charismatiques comme Alexandre le Grand, Jules César ou Napoléon Bonaparte, d'autre part, en ce qui concerne le personnage du Mulet, qui manipule à ses propres fins les émotions de son entourage.
Le roman Fondation — le premier paru — forme le « cœur » du cycle et peut être lu isolément. En y ajoutant Fondation et Empire et Seconde Fondation, on obtient la trilogie de Fondation, qui constitue elle aussi une histoire à part entière. Cela correspond à l'ordre d'écriture des romans. D'autres romans, comme par exemple Prélude à Fondation et L'Aube de Fondation — chronologiquement situés avant — ou Fondation foudroyée et Terre et Fondation — chronologiquement situés après —, se sont par la suite greffés à la trilogie, pour constituer le Cycle de Fondation.
1951 science fiction
Joaquim Maria MACHADO de ASSIS - Dom Casmurro

Joaquim Maria MACHADO de ASSIS - Dom Casmurro

"Métis, fils d'un nègre et d'une blanchisseuse, Machado de Assis est certainement une des âmes les plus aristocratiques qui se soient jamais égarées sur les chemins de ronces et de fleurs de ce monde incompréhensible. Preuve que la théorie de l'hérédité n'est qu'une erreur grossière. Il fut très pauvre, puis un peu moins pauvre, mais ne sortit jamais, pas plus que de saville, de la médiocrité, et il ne connut pas la gloire que très tard ; mais de toute manière il avait un coeur trop noble pour la désirer."

Benhito est un adolescent jaloux, voué à la prêtrise par une mère aimée et pieuse. Pourtant, ses ambitions sont toute autres et exclusivement dirigées vers Capitou, sa jolie petite voisine « aux yeux de ressac », dont il tombe profondément amoureux. L'histoire est racontée par le vieux Benhito, un être devenu renfermé, affublé du surnom de Dom Casmurro (Monsieur du Bourru), qui plonge dans ses souvenirs pour revivre en douceur sa crise d'adolescence et la vie chaotique qui s'ensuivit dans le Rio languide du Second Empire brésilien…

L'histoire est simple, belle et triste à la fois, comme toute vie amoureuse, remplie de bonheur et de tracas. Mais l'intérêt de ce livre réside dans sa forme et son style. En cent quarante-huit chapitres courts, d'une à deux pages, souvent drôlement titrés (En route !, Raconté à la hâte, Où l'on revient sur des explications, Doutes sur doutes, Bon, et la fin ? ), on suit pas à pas le cheminement intérieur de l'adolescent vu par lui-même, des décennies plus tard. Le narrateur argumente tout, son recul, ses sentiments, replace les à-côtés de l'histoire afin de clarifier certaines scènes et surtout, ô jubilation de lecture, il prend le lecteur à partie, l'apostrophe, se met à sa place et lui dit qu'il se trompe ou qu'il a raison ! Une voix extraordinaire que l'on entend tout le long du récit, qui parle au lecteur comme à un ami, avec un humour fin, de l'ironie, de la folie, de la complicité, une légèreté de ton sur des thèmes douloureux (la maladie, la mort, la solitude) ; un tout qui fait éclater le temps, l'intrigue, la narration. C'est un immense plaisir de lecture car le procédé en ressort grandi. Voici quelques citations qui m'ont fait éclater de rire :

« Tout cela est obscur, ma chère lectrice, mais c'est la faute de votre sexe qui perturbait ainsi l'adolescence d'un pauvre séminariste. »

« Eh bien, soyons heureux une bonne fois, avant que le lecteur, séchant sur pied à force d'attendre, ne se décide à aller prendre l'air ; marions-nous. »

« Nous nous occupions de tout, selon la nécessité et l'urgence, cela va sans dire, mais il est des lecteurs si obtus, qu'ils ne comprennent rien si on ne leur relate pas tout le reste. Passons au reste. »

Sorties de leur contexte, peut-être n'ont-elles pas la force qu'elles prennent dans le récit. Donc un conseil, laissez-vous charmer par Machado de Assis qui prend un ton décalé et heureux pour conter une tragédie avec un « regard de bohémienne, oblique et dissimulé ».
1899 recit autobiographie
Miguel Angel ASTURIAS - Monsieur le President

Miguel Angel ASTURIAS - Monsieur le President

La poésie est mémoire baignée de larmes. La musique est mémoire de la mer.
Extrait de Châtiment des profondeurs

La terre se nourrit d'empreintes, Le ciel se nourrit d'ailes.
Extrait de La Chasse

Le cerveau est la tripe de la tête. Penser est un couteau !
Extrait de Bolivar

Les miroirs sont comme la conscience. On s'y voit comme on est, et comme on n'est pas.

Monsieur le Président est sans doute l'œuvre la plus connue d'Asturias en raison de son message politique. Il importe d'en souligner le caractère pionnier : on sait aujourd'hui que le roman a été écrit pour l'essentiel à Paris, entre 1925 et 1932, à partir d'un conte plus ancien qui constitue le premier chapitre. Cette version originale, d'abord intitulée Tohil (divinité maya du feu et de la mort), est refusée par plusieurs éditeurs et publiée à compte d'auteur en 1946 (Costa-Amic, Mexico) sous son titre actuel. Passé inaperçu, le roman est réédité en 1948 par Losada et connaît alors un très grand succès. En 1952, il est repris par le même éditeur avec quelques modifications : c'est la version définitive.



1946 roman
Agrippa d'AUBIGNE - Les Tragiques

Agrippa d'AUBIGNE - Les Tragiques

Comme un nageur venant du profond de son plonge,
Tous sortent de la mort comme l'on sort d'un songe

Je cerchois de mes tristes yeux
La Verité aux aspres lieux,
Quand de cette obscure tasniere
Je vis resplendir la clarté
Sans qu’il y eust autre lumière :
Sa lumière estoit sa beauté.

Voici l'un des textes les plus célèbres des Tragiques d'Agrippa d'Aubigné ( 1552-1630) qui nous présente la France déchirée par les guerres de religion comme une mère déchirée par ses jumeaux. Il s'agit d'un très bel exemple d'allégorie et aussi de poésie baroque et "engagée" avant la lettre , puisque le poète défend la cause protestante tout en montrant les misères de la France de l'époque.

Je veux peindre la France une mère affligée,
Qui est, entre ses bras, de deux enfants chargée.
Le plus fort, orgueilleux, empoigne les deux bouts
Des tétins nourriciers ; puis, à force de coups
D'ongles, de poings, de pieds, il brise le partage
Dont la nature donnait à son besson l'usage ;
Ce voleur acharné, cet Ésau malheureux ?
Fait dégât du doux lait qui doit nourrir les deux,
Si que, pour arracher à son frère la vie,
Il méprise la sienne et n'en a plus d'envie.
Mais son Jacob, pressé d'avoir jeûné meshui,
Ayant dompté longtemps en son cœur son ennui,
A la fin se défend, et sa juste culère
Rend à l'autre un combat dont le champ est la mère.
Ni les soupirs ardents, les pitoyables cris,
Ni les pleurs réchauffés ne calment leurs esprits ;
Mais leur rage les guide et leur poison les trouble,
Si bien que leur courroux par leur coups se redouble.
Leur conflit se rallume et fait si furieux
Que l'un gauche malheur ils se crèvent les yeux.
Cette femme éplorée, en sa douleur plus forte,
Succombe à la douleur, mi-vivante, mi-morte ;
Elle voit les mutins, tout déchirés, sanglants,
Qui, ainsi que du cuir, des mains se font cherchant.
Quand, pressant à son sein d'une amour maternelle
Celui qui a le droit et la juste querelle,
Elle veut le sauver, l'autre qui n'est pas las
Viule, en son poursuivant, l'asile de ses bras.
Adonc se perd le lait, le suc de sa poitrine ;
Puis, aux derniers abois se sa propre ruine,
Elle dit : « Vous avez, félons, ensanglanté
Le sein qui vous nourrit et qui vous a porté ;
Or, vivez de venin, sanglante géniture,
Je n'ai plus que du sang pour votre nourriture ! »
1616 poesie